A YOGA LOVE STORY

C’est vrai, on peut facilement tomber amoureux du yoga. Il est fascinant et positif aussi bien pour le physique, en offrant un corps tonique et souple, que pour le mental, avec le relax et la lucidité qu’il apporte. Mais tout n’est pas rose avec le yoga !!!

Le yoga et moi

Ma love story avec le yoga a commencé en 2006 en Italie à Milan où je vivais et travaillais en tant qu’avocate. J’allais prendre des apéros dans un bar à vin sympa de mon quartier. Dans le groupe des habitués, il y avait un couple de profs de yoga qui venait parfois après leur cours. Je me suis liée d’amitié avec Jennifer, la prof de yoga, qui me répétait de venir à ses cours. Et un jour, me voilà à essayer le yoga… J’avais une facilité dans de nombreuses postures (étant sportive et souple), mais  un plaisir intense et une sensation d’avoir déjà fait cela (il y a très longtemps dans une autre vie surement 🙂 ), une révélation quoi ! En sortant du cours, j’avais un sourire béat jusqu’aux oreilles, limite ridicule car j’étais sur mon vélo en plein centre de Milan… Dès les premiers mois, j’ai fréquenté 2 cours par semaine, puis 3… J’ai aussi tout de suite commencé ma pratique à la maison, j’ai acheté des livres, des revues…

Bref, au fil des mois et des années, je devenais une vraie yogini et ma pratique s’intensifiait, je participais à des stages et à des festivals de yoga. Je découvrais une discipline fascinante et qui me touchait. Elle m’apportait beaucoup au niveau physique (renforcement musculaire), mais aussi mentalement je me sentais de plus en plus sereine. Après les cours je rentrais toute légère, comme sur un nuage, heureuse et pleine d’énergie à l’intérieur. Je planais un peu quoi 🙂 !!! Je prenais des décisions plus rapidement, mon esprit était plus clair, les solutions et changements semblaient de plus en plus faciles et accessibles, certaines peurs, angoisses, stress de la vie quotidienne devenaient futiles. J’étais de plus en plus l’acteur de ma vie et je ressentais une union et harmonie de ma vie et mes choix avec moi-même.

Le yoga prenait de la place et de l’importance dans ma vie et l’idée de faire du yoga ma profession me venait fréquemment à l’esprit. Il faut dire que l’enseignement m’a toujours attirée, d’ailleurs en faisant mon doctorat de droit je voulais devenir prof de droit et j’avais commencé à enseigner à la fac en France. Mais en venant vivre en Italie, enseigner était impossible et je suis devenue avocate. L’enseignement du yoga était donc quelque chose qui me correspondait. J’ai alors commencé à donner des cours privés à droite et à gauche à des amis et amis d’amis… Cela plaisait et donc l’idée a pris place et est devenue un rêve, puis mon objectif ! Et en 2011, lorsqu’au cabinet on m’a demandé de revenir à mes horaires normaux (que j’avais aménagés pour pouvoir plus pratiquer le yoga), j’ai dit « et bien non…, tu vois en fait, je vais démissionner ». Et c’est alors qu’une nouvelle aventure a commencé !

L’enseignement du yoga

Lorsque l’on pratique le yoga on devient facilement addict et lié à cette pratique pour tous les bienfaits qu’elle procure. Il est alors facile de se dire : mais pourquoi je n’en ferais pas mon métier comme je l’ai fait ? Cependant pratiquer le yoga et l’enseigner c’est vraiment différent. On peut être une super yogini, mais pour être une bonne prof, il faut avoir d’autres qualités et remplir certaines conditions, à mon avis 🙂 . 

L’enseignement est un vrai métier et même une vocation. Techniquement il faut savoir faire des cours intéressants, adaptés et de qualité, avoir de bonnes connaissances du yoga, savoir expliquer et transmettre ces connaissances et son expérience, savoir corriger, savoir être à l’écoute, maintenir l’attention, la motivation, la concentration, savoir encourager… L’enseignement demande beaucoup d’énergie et l’envie de donner aux autres. Le yoga est une histoire d’amour, mais l’enseignement l’est aussi car c’est apporter du bien-être aux autres. Quand je fais mes cours mon objectif est vraiment que le yoga permette aux élèves de retirer les bénéfices d’une pratique afin qu’ils se sentent mieux avec eux-mêmes et avec les autres dans leur vie en général et dans leur vie professionnelle.

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Credit photo : Massimiliano Mc Guire

De plus, pour enseigner une matière professionnellement, il est important de la maitriser. Il faut donc avoir une connaissance théorique et surtout pratique suffisante du yoga. Selon moi, il est nécessaire d’avoir suivi pendant plusieurs années (au moins 4 ans) des cours (styles différents et profs différents), des stages et avoir une pratique personnelle assidue. Il faut avoir « compris » le yoga, les postures et les techniques et sentir la transformation du yoga sur soi, ce qui n’est pas immédiat … Avoir une expérience et connaissance du yoga pour l’enseigner est essentiel et cela ne s’acquiert pas par une simple formation d’enseignant, même si cette formation est de très bonne qualité.

Or depuis quelques années de plus en plus d’élèves après quelques mois ou à peine une année de pratique veulent suivre une formation d’enseignant et commencer à enseigner !!! Cela est évidemment encouragé par l’industrie et le business du yoga qui proposent toujours plus de formations d’enseignant, en un temps réduit et surtout sans exiger plusieurs années de pratique ni pratique personnelle … pourvu qu’ils payent et ils deviennent professeurs de yoga !

Cet attrait est souvent dû aussi au monde du travail où les conditions de travail se dégradent et l’envie de changer de métier se fait plus fréquente. Beaucoup de personnes idéalisent alors souvent certaines professions « bien-être » comme le yoga. Ils pensent que c’est super car on a beaucoup de temps pour soi et que c’est facile : il suffit de savoir faire quelques postures de yoga ! Mais enseigner le yoga c’est beaucoup plus que de « faire » quelques postures de yoga, sinon on est seulement un prof de gym 🙂  ! Et de plus, ce n’est pas toujours aussi idéal que ça car il y a des contraintes matérielles : on travaille aux horaires où les autres ne travaillent pas et profitent de leur vie sociale et familiale, le soir et souvent le week-end.

rjzi4079Il faut aussi savoir enseigner mais garder du temps pour sa pratique personnelle, pour l’énergie et le plaisir qu’elle nous donne et les progrès que l’on fait. Mais cela suppose évidemment que les cours fonctionnent et que l’on arrive à en vivre, sinon on doit faire beaucoup trop de cours (ou un autre job) ce qui réduit le temps pour la pratique personnelle.

De plus, il ne faut pas se décourager trop vite face aux difficultés et échecs liés à l’enseignement, surtout au début, mais savoir évoluer, accepter, prendre du temps pour analyser et penser, afin de mieux avancer. Ce n’est pas évidemment facile de faire fonctionner des cours et d’en vivre. Car oui on peut faire des choix et des changements dans sa vie pour être plus heureux, mais cela ne veut pas dire que tout va fonctionner à 100%, surtout tout de suite et tout le temps. Mais une pratique assidue du yoga permet justement d’approcher ces difficultés plus facilement.

En résumé, surtout ne pas lâcher sa profession si l’on n’est pas sur que l’enseignement du yoga nous plaise, que l’on soit doué pour cela, que l’on ait des connaissances techniques du yoga suffisantes grâce à son expérience, pratique et formation, et enfin être sure que l’on réussisse financièrement à en vivre ! Il faudrait que plus de personnes pratiquent le yoga, surtout pour les qualités morales que le yoga (normalement 🙂 ) permet de développer, afin que les rapports sociaux et professionnels deviennent plus agréables, et non que tout le monde devienne prof de yoga. Il faut de tout pour faire un monde !!! 🙂

Le yoga est une histoire d’amour avec soi et avec le monde dans lequel on vit.

Le yoga est donc une histoire d’amour car il nous fait du bien physiquement et mentalement. Il permet de développer certaines qualités et attitudes mentales très utiles pour soi et dans les rapports avec les autres : comme l’intuition, la résilience, la non violence, la connexion et connaissance de soi, la concentration sur le moment présent, le positivisme, la discipline, l’effort et le courage, la confiance, le lâcher prise, la bienveillance, l’empathie, le respect … Ces qualités résultent aussi bien du travail physique avec les effets des asanas sur le système nerveux et endocrinien et sur le mental, que du pranayama ou de la méditation.

C’est également une histoire d’amour car le yoga nous marque, nous change, on évolue avec le yoga, on travaille en profondeur sur soi, sur nos tensions et blocages. Il est présent dans notre vie, on a besoin de pratiquer et on ne se sent plus seul.

Mais l’histoire avec le yoga n’est pas toujours facile à vivre et à comprendre. Il y a des difficultés qu’il faut savoir gérer. 

Le yoga est une histoire d’amour car il implique nos émotions, il nous fait ressentir des émotions positives, mais aussi parfois négatives. Le yoga n’apporte pas toujours le résultat que l’on attend : au lieu de se sentir bien, plein d’énergie, relaxé et heureux, on peut parfois au contraire ressentir de la négativité, de l’énervement, de la lassitude…

En effet, le yoga n’est pas de la magie, c’est un réel effort physique et un travail sur soi et avec soi. Il faut donc être conscient que certaines postures de yoga sont difficiles par nature, mais aussi que d’autres sont difficiles par rapport aux capacités physiques de chacun. Il est donc normal de ne pas réussir à les maitriser tout de suite, ou de devoir faire un effort important du point de vue musculaire pour les exécuter. De plus, certains bienfaits physiques du yoga apparaissent vite, mais d’autres demanderont plus de temps. On n’efface pas toujours rapidement les tensions ou autres problèmes physiques du corps. Ils sont là parfois depuis longtemps et il faudra donc aussi des mois, voire des années, de pratique pour que le corps se relâche.

Il faut faire preuve de courage, force et discipline face aux difficultés et face à ses propres limites, avoir confiance en ses progrès. Ne pas s’énerver ni se décourager si l’on n’arrive pas à faire une posture, mais au contraire SOURIRE et CONTINUER ! Il faut rester motivé pour être régulier dans la pratique et pour obtenir tous les effets du yoga. Car comme dans tout apprentissage il y a des périodes où l’on progresse vite et d’autres où l’on stagne, où on a l’impression de ne plus avancer, voire ne plus rien sentir dans la pratique du yoga. La motivation est primordiale.

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Credit Photo : Nicolas Tempier

Il est vrai qu’il faut aussi savoir s’écouter et ne pas trop culpabiliser lorsqu’on délaisse la pratique du yoga par manque de temps, d’énergie et de motivation. Certains  changements dans notre vie ou bien une période de stress ou de fatigue peuvent justifier l’absence de pratique, pourvu que ces raisons restent des exceptions, et non des excuses récurantes et prolongées.

Si cette absence de motivation perdure, il faut se demander si cela vient de nous ou pas et si l’on peut changer quelque chose. Est ce que l’on a changé quelque chose dans sa pratique ou dans sa vie qui font que la motivation n’est plus là ? Est-ce que la fatigue physique est due à une mauvaise alimentation ou à un manque de sommeil ? Est-ce que l’on pratique avec concentration et sérieux ou bien par habitude ? On peut aussi revoir ses intentions, c’est-à-dire se rappeler pourquoi on a commencé à pratiquer le yoga et pourquoi on le pratique maintenant ? Une autre activité serait-elle plus adaptée ? Est ce que le yoga pratiqué nous plait vraiment ou bien aimerait-on changer certaines choses (prof, style de yoga, horaires, lieu…) ?

Si rien ne fonctionne allez vous acheter un (nouveau) tapis ou un leggings !!! … ;). Non évidemment… En fait, certaines émotions négatives passent toutes seules, elles sont juste un moment à vivre. Il ne faut pas s’identifier à ces émotions ni abandonner sa pratique de yoga, mais chercher à les comprendre pour savoir si des changements sont nécessaires ou  bien si le changement arrivera tout seul.

Le yoga nous permet de comprendre et d’accepter que tout change : nous et notre pratique, les autres et le monde extérieur !

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